Quand je suis arrivé au Luxembourg, je pensais que tout était possible. Un pays petit, mais stratégique. Une puissance financière capable d’attirer les talents et de les faire grandir. Un écosystème où les start-ups pouvaient réellement se développer.
J’étais convaincu que j’avais trouvé un endroit où l’innovation était la règle, pas l’exception.
Mais après quelques années à observer, échanger, tenter, j’ai compris une chose : Le Luxembourg adore parler d’innovation, mais il la muselle.
Sur le papier, le Luxembourg a tout pour devenir un véritable eldorado pour les start-ups :
Pourtant, la réalité est tout autre.
Derrière les discours enthousiastes, la vérité est que l’innovation au Luxembourg est sous contrôle.
Si l’on en croit certains articles comme celui de CTech intitulé « Luxembourg, a true ‘Start-up Nation' », le pays serait un modèle en matière d’innovation (lien de l’article).
Cet article met en avant des initiatives comme Luxinnovation ou Fit 4 Start, des financements attractifs et un écosystème en plein essor. Sur le papier, l’image est idyllique : plus de 500 start-ups installées, un accompagnement stratégique et des fonds d’investissement à portée de main.
Mais ce que l’article ne dit pas, c’est à quel point accéder à ces ressources peut s’avérer complexe et réservé à une minorité.
Là où d’autres pays, comme l’Estonie, favorisent un système de test & learn, le Luxembourg met en place un cadre où l’innovation doit avant tout rassurer les décideurs avant d’être financée.
C’est là toute la différence entre une innovation élaborée sous contrôle et une innovation qui émerge naturellement d’un terrain fertile et encouragé.
Pendant ce temps, l’Estonie a pris un virage radical. Ce petit pays de 1,3 million d’habitants a compris une chose essentielle :
➔ création d’un système administratif entièrement en ligne, accessible aux entrepreneurs du monde entier
➔ le gouvernement ne freine pas les initiatives, il les accompagne
➔ accès facilité aux visas, réduction de la paperasse, confiance dans l’initiative privée
L’Estonie est aujourd’hui l’un des hubs les plus dynamiques en matière de tech et d’entrepreneuriat en Europe.
Et surtout, elle ne subventionne pas l’innovation. Elle la met en action.
Si le pays veut véritablement devenir une « Start-up Nation », il va falloir passer de la théorie à la pratique. Cela signifie :
✔ Stopper le verrouillage de l’innovation par des lourdeurs administratives et une culture du risque étouffée.
✔ Encourager le capital-risque privé, plutôt que de distribuer des subventions inefficaces.
✔ Changer la perception de l’échec, en l’intégrant comme une étape normale du processus entrepreneurial.
✔ Ouvrir la compétition : Assurer que les start-ups aient réellement accès aux contrats et ne soient pas évincées par les mastodontes historiques.
Aujourd’hui, le pays a les talents, les ressources, l’ambition. Mais il lui manque l’état d’esprit.
Un pays peut-il innover s’il ne laisse pas la place à ceux qui prennent des risques ? Peut-on créer quelque chose de nouveau si la peur de l’échec domine toutes les décisions ?
Pour l’instant, le Luxembourg est un colosse financier, mais un nain de l’innovation.
Tant que la mentalité ne changera pas, les vrais innovateurs continueront d’aller innover ailleurs.
Peut-être que ce pays deviendra un jour le centre de l’innovation en Europe.
Ou peut-être qu’il restera une belle promesse jamais tenue.