La fatigue écologique silencieuse : quand vouloir bien faire épuise

Je voulais agir. Maintenant, je suis fatiguée de me battre.

Marie – Ancienne entrepreneure

Cette phrase, entendue des dizaines de fois dans des forums militants ou des cercles d’amis engagés, n’est pas isolée. Elle cristallise une réalité de plus en plus partagée : celle de la fatigue écologique, ce mal invisible qui touche celles et ceux qui ont voulu “faire leur part” – parfois jusqu’à l’épuisement.

À mesure que la crise climatique s’intensifie, le nombre de personnes engagées dans une démarche écologique ne cesse d’augmenter.

En 2022, 72 % des Français·es déclaraient avoir modifié certaines de leurs habitudes pour réduire leur impact écologique, selon l’ADEME. Une bonne nouvelle, mais seulement en apparence.

Car derrière ces chiffres, une autre réalité émerge. Une étude menée par The Lancet Planetary Health en 2021 auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans dans 10 pays, révèle que :

  • 59 % se disent “très inquiets” du changement climatique
  • 45 % affirment que cette inquiétude affecte leur quotidien
  • 75 % considèrent l’avenir comme “effrayant”

Et si l’éco-anxiété a gagné les discours publics, sa sœur jumelle, la fatigue écologique, reste bien plus taboue encore.

Elle n’est ni un burn-out reconnu, ni une maladie. Elle est un état diffus, chronique, où le sentiment d’impuissance, l’hyper-exigence et la culpabilité finissent par user les nerfs, les corps, et parfois même les idéaux.

Clara, 34 ans, raconte avoir entamé sa transition écologique il y a six ans. “J’ai tout changé : mes produits ménagers, ma façon de consommer, mon alimentation, mes vacances, même mon métier.”

Militante active dans un collectif local, elle dit avoir “tout donné” pendant trois ans. Jusqu’au jour où elle s’est effondrée.

Je ne supportais plus d’aller au supermarché. Chaque choix devenait un dilemme. Le plastique. L’huile de palme. L’éthique des marques… J’avais l’impression d’être cernée. Et surtout, de faire ça seule.

Clara – Salariée

Comme elle, de nombreuses personnes se retrouvent isolées dans leur engagement, incomprises par leurs proches, usées par l’incohérence du système. 

➔   ainsi, ce n’est pas l’écologie qui épuise, mais la simple inadéquation entre les convictions individuelles et une société qui ne suit pas.

Difficile de diagnostiquer une fatigue écologique. Elle ne fait pas (encore) partie des classifications officielles. Mais ses signes sont là :

  • Perte d’élan militant
  • Culpabilité dès qu’un “écogeste” est oublié
  • Isolement social ou conflits avec l’entourage
  • Sensation d’inutilité ou de désespoir
  • Hypervigilance écologique (contrôler tout, tout le temps)

La psychologue Célia Sapart, spécialiste du climat, évoque une “spirale du trop”.

À force de vouloir être exemplaire, on finit par se juger soi-même, sans indulgence. Et dans un système qui valorise la performance, même l’écologie devient une charge mentale.

Célia Sapart – psychologue, spécialiste du climat

Ceux qui sont sensibilisés, informés, voire militants, ne sont pas épargnés. Au contraire. Car plus on sait, plus la conscience s’élargit… et plus le sentiment d’impuissance peut grandir.

“La lucidité peut devenir un poids quand on n’a pas de relais collectif pour la porter.”, écrivait un membre d’Extinction Rebellion dans Reporterre, évoquant une véritable “fatigue militante” dans les cercles écologistes.

Le paradoxe est plus que cruel : les personnes les plus engagées, les plus sincères, sont parfois celles qui décrochent les premières.

Et cette fatigue, lorsqu’elle est tue et silencieuse, devient une arme de destruction lente et massive.

L’un des pièges les plus pernicieux est la quête de pureté écologique. Chaque choix devient un terrain miné : “Est-ce que mon tofu est plus vertueux que le poulet local ?”, “Ai-je vraiment besoin de ce jean même s’il est en coton bio ?”

Cette logique totalement binaire (bien / mal, écolo / pas écolo) est contre-productive. En effet, elle pousse à la culpabilisation permanent, et entretient, en plus, un modèle où l’individu porte seul la responsabilité de changer le monde.

Or, c’est complètement faux.

Selon le Carbon Majors Report, 100 entreprises sont responsables de 71 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 1988.

Ainsi, il faut être conscient que le combat pour le climat ne peut pas reposer uniquement sur les consommateurs, aussi volontaires soient-ils.

Alors, comment continuer à agir sans sombrer ? Voici quelques pistes pour se reconnecter à une écologie juste, humaine, tenable.

Accepter de faire des erreurs

Oui, tu as pris l’avion cette année. Oui, tu as commandé sur Amazon. Ce n’est pas glorieux. Mais ce n’est pas un échec.

Ce qui compte, c’est la tendance de fond, pas la perfection.

On n’a pas besoin d’une poignée de personnes parfaitement écolos, mais de millions qui s’y essaient imparfaitement

Anne-Marie Bonneau – militante

Ralentir, c’est résister

Le capitalisme vert te veut productif, performant, irréprochable.

Et si tu décidais que ralentir, c’est aussi politique ? Ralentir, c’est prendre soin de soi pour pouvoir continuer à long terme.

Créer des alliances locales

Rejoindre un collectif, une AMAP, un jardin partagé, ce n’est pas “militer”, c’est ne plus être seul·e face à l’absurde.

L’écologie, c’est avant tout une affaire de lien.

Redéfinir son impact

Ton impact n’est pas qu’une empreinte carbone. C’est aussi ta capacité à inspirer, à transmettre, à écouter.

Parfois, l’impact invisible est le plus profond.

Parler de sa fatigue

Briser le tabou. En parler. Écrire. Témoigner. Car d’autres ressentent la même chose, mais n’osent pas le dire.

Et si tu ouvrais la voie à une écologie plus humaine ?

La fatigue écologique n’est pas un signe de faiblesse, mais le symptôme d’une sensibilité exacerbée dans un monde en déni. Elle nous rappelle que l’engagement doit se penser sur le long terme. Pas comme une performance, mais comme une respiration.

Le blog Epic Fail a justement pour mission de libérer la parole autour de ces décrochages silencieux. Pour montrer que l’on peut échouer, ralentir, se réinventer… sans perdre son cap.

Parce que l’écologie n’est pas un sprint. C’est une traversée.

Et si, en avançant, tu fais face à des obstacles ou à des erreurs, n’oublie jamais :

On tombe pour apprendre.
On partage pour avancer.
On écoute pour grandir. 🌱

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